Un colosse au coeur d'argile 🎭
Un dirigeant doit rassurer, inspirer, fédérer. Ses équipes, ses associés, ses clients, parfois même sa famille.
Cette exigence produit un réflexe presque automatique : projeter une solidité constante, ne jamais laisser voir le doute, l'incertitude ou la fatigue.
Et cette image, à force d'être maintenue vers l'extérieur, finit par brouiller ce que le dirigeant perçoit lui-même de son propre état.
Solidité ne veut pas dire invulnérabilité
Dans le sport de haut niveau, un athlète blessé ou en méforme finit toujours par devoir l'admettre : le corps impose sa réalité, tôt ou tard, quel que soit le discours qu'on tient autour.
En entreprise, ce garde-fou n'existe pas de la même manière. Un dirigeant peut fonctionner en surcharge pendant des mois sans qu'aucun signal extérieur ne l'y oblige, parce que le rôle lui-même absorbe et masque les signes de fatigue.
Il y a donc deux risques à ça :
- Continuer à décider, arbitrer et diriger depuis un état dégradé, sans jamais s'en rendre compte, parce que l'image à tenir a pris le pas sur le ressenti réel.
- Craquer brutalement.
On confond souvent solidité mentale et absence de faille. Ce sont deux choses différentes.
Un dirigeant réellement solide n'est pas celui qui ne doute jamais. C'est celui qui reste capable de repérer ses propres signaux : fatigue, tension, perte de discernement, avant qu'ils n'affectent ses décisions, et qui a un espace où les nommer sans que ça remette en cause sa légitimité.
À l'inverse, celui qui maintient l'image de l'infaillibilité en toute circonstance se prive justement de cet espace. Il continue d'avancer masqué, y compris face à lui-même, jusqu'à ce que l'écart entre l'image projetée et l'état réel devienne trop grand pour tenir.
Reconnaître ses limites n'affaiblit pas un dirigeant. Cela lui donne simplement les moyens de décider en connaissance de cause, plutôt que depuis un état qu'il n'a jamais pris le temps de regarder.